Squatters

© Bervil 1998

(Paroles: Chantal Berniquez et Luc Villemaire; Musique: Luc Villemaire, 1991)

 

Sur la butte traversant l'île de Hull
Les trains passent tous les jours dans ma cour
Des clandestins descendent et s'envolent
Pour éviter les frais du parcours

 

À la gare Beemer, beaucoup de sans-abri
Dans la grande misère se trouvent réunis
Pour la richesse, la crise est terminée
Pour les pauvres, ça va perdurer

 

Sans travail, sans secours, sans logis
Ils ont pris des terres inoccupées
Un espace où ils se réfugient
Pour se faire des cabanes et squatter

 

De l'autre côté du ruisseau de la Brasserie
Dans les cours à bois et de la porcherie
Cinquante-quatre familles construisaient leurs espoirs
En s'installant dans un dépotoir

 

Des taudis de tôles et de débris
Des hommes, des femmes et des petits
Jusqu'à trois cents personnes démunies
Vivaient à l'ombre des mieux nantis

Vingt ans après la grande crise boursière
Des logements sans permis s'étaient développés
Un bidonville dont ils étaient très fiers
Ils s'étaient bâti un quartier

Mais

Y fait chaud au Creek Side
Y fait trop chaud l'été
On déjà trop vu d'enfants décéder
C'est pas normal disaient les médecins
Mais c'est fatal avec si peu de moyens
Quant on est pris pour vivre ici
On prend c'qu'on peut
Sans dire merci

Y fait froid au Creek Side
Y fait trop froid l'hiver
Les cabanes de tôles se transforment en glacières
C'est pas malin disaient les anciens
Mais c'est fatal d'être si restreint
Quant on est pris pour vivre ici
On prend c'qu'on peut
Pour chauffer les abris

Durant dix ans on a toléré
Les squatters au sein de la Cité
Insouciants de leur salubrité
Fermant les yeux pour les éviter

Un jour la police est venue les déloger
Les masures, les mansardes furent toutes détruites
Jamais je ne les ai revus par la suite
Mais jamais je ne les oublierai

(trente années plus tard, vers 1980)

Aujourd'hui ma fille a vingt ans
Elle se cherche un appartement
Mais avec la crise du logement
Elle n'a rien trouvé de décent

Alors elle a fait comme les squatters d'avant
Elle a planté sa tente sur la rue Saint-Laurent
Et moi j'ai crié une colère de gitan
On n'apprend rien malgré le temps

Et moi j'ai crié une colère de gitan
On n'apprend rien malgré le temps